My Life. Peter Patterson. 1998.
Il y a eu ce mec, un correspondant British d'une copine, un certain Peter Patterson. Suspect, ce gars, dès le début, j'ai senti "quelque chose en lui".
Le gros coup de foudre. J'étais amoureux de ses tâches de rousseur et de sa peau blanche, de son sourire bêta et de son insouciance (en même temps, les voyages de correspondance facilitent la chose). Dès qu'il a débarqué au lycée, je me suis mis à le harceler. Lui gueuler par tous les pores de mon être que j'avais à lui offrir tout de moi, même à 17 ans c'était "Peter Patterson pour la vie", il m'aurait demandé de tout abandonner (de pas grand chose...) pour lui, je l'aurais fait. Bêtement. Comme quand on ne réfléchit plus quand on sent que l'autre va vous embrasser et que l'empressement est partagé, et que tout s'efface autour, qu'on entend simplement sa respiration, qu'on a envie de dire "stop" parce que c'est un truc inespéré et rare, le baiser d'amour, et qu'il vient, qu'il se rapproche, et qu'on ne peut plus rien faire pour résister et qu'il est stupide de résister parce que pour une fois, le destin nous fait une fleur.
Peter Patterson, pour moi, c'était ça : la révélation d'un désir venu d'ailleurs.
Comme si le Très-Haut lui-même me l'avait envoyé pour me tester.
Il ne comprenait pas. Il me voyait bien le suivre tout le temps, lui sourire, lui toucher la main ou le bras en lui parlant (sous les regards nerveux de ma copine Kelly pour qui, en revanche, mon audace ne faisait pas illusion). Lui couler des regards caressants et des allusions du genre démonstratif. Mais c'était décourageant. Je me tapais l'affiche et lui, un vrai bois mort, il ne captait rien de rien.
Puis, le jeudi de son départ... Le bus des Anglais attendait de l'autre côté de la passerelle à 16h pétantes. J'ai séché mon cours de maths sans scrupules (j'aime pas les mathématiques) pour le coincer juste devant la passerelle et lui dire au revoir.
Instinctivement (?), on a attendu que tous les autres empruntent la passerelle et soient à bonne distance sur le parking.
Et là, je sais même plus ce qu'il m'a dit dans son français de merde, mais c'était trop incroyable, j'avais l'impression que le soleil brillait plus qu'avant, que nous étions seuls au monde, que je vivais un truc gigantesque, avec tout qui s'effondre autour d'un seul coup.
Il m'a regardé longuement en silence, moi je n'étais plus le même, je me sentais élevé, entre le ciel et la terre. Et il m'a embrassé goulûment (!), on n'avait pas le temps, c'était la passion ou rien. =) 5 petites minutes de bonheur absolu.
Et il s'est barré pour toujours. Salope de vie.
Sur le trajet de retour à la maison, j'ai chialé comme une gamine à qui on apprend que le Père Noël n'existe pas (à la fois heureux d'avoir grandi mais désespéré de perdre à jamais la figure du premier vrai amour, du premier mythe).
Mais il m'a laissé cette addiction esthétique et sexuelle aux peaux très blanches (châtains à peau blanche, cachez cet épiderme que je ne saurais voir) et ce goût irrémédiable pour les tâches de rousseur (qui me fait presque désirer Lindsay Lohan).
Peter, wherever you are, I'm still loving you.
You're the first. My greatest.
17/04/08 - 13:39
Que dire, à part que ton texte est magnifique...
Merci à toi !
donbarocco